Recyclage du plexiglas : l’ETH Zurich divise par deux la température du procédé

Le plexiglas fait partie de ces plastiques qu’on croise partout sans y penser : vitres, feux arrière de voiture, présentoirs, mobilier. Il fait aussi partie de ceux qu’on recycle le moins bien. Une équipe de l’ETH Zurich vient de publier une méthode qui pourrait changer la donne : elle permet de redécomposer ce matériau en ses briques de base à une température deux fois plus basse qu’avec les procédés actuels, avec un seul réactif bon marché.

Ce que l’ETH Zurich a annoncé le 19 octobre #

L’école polytechnique fédérale de Zurich a présenté ces travaux le 19 octobre 2026 dans un communiqué intitulé « New method makes acrylic glass recycling economically viable ». L’étude est parue dans la revue Nature Chemistry, sous la signature de Richard Whitfield, ancien chercheur du groupe de la professeure Athina Anastasaki, avec la collaboration des professeurs de chimie Tae-Lim Choi et Gunnar Jeschke.

Le principe tient en une phrase : on mélange le verre acrylique (PMMA) avec un composé de la famille des N-hydroxyimides, un réactif courant et peu coûteux disponible dans le commerce, puis on chauffe. Une fois le réactif ajouté, la réaction se poursuit d’elle-même.

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Deux fois moins de chaleur que la pyrolyse #

Jusqu’ici, la voie la plus répandue pour recycler chimiquement le plexiglas est la pyrolyse. Selon l’ETH Zurich, elle fonctionne en général au-delà de 400 °C et livre des monomères qui contiennent jusqu’à 3 % d’impuretés. Avec la nouvelle méthode, la dépolymérisation démarre à un peu plus de 200 °C, sans solvant.

Le rendement en monomères peut atteindre 98 %. Le site d’information Media24, qui a détaillé l’étude le même jour, précise qu’un second passage sur le reliquat permet de monter à 99 %.

Autre point clé pour un industriel : la qualité. Les monomères récupérés restent très purs, même quand le plastique de départ contient des colorants ou des impuretés. Ils permettent donc de refabriquer un polymère de même qualité que l’original, ce qui ouvre la voie à une vraie boucle fermée plutôt qu’à un recyclage dégradé.

Une simplicité qui a surpris les chercheurs eux-mêmes

« What makes our new approach so exciting is its simplicity », résume Richard Whitfield dans le communiqué de l’ETH : c’est la simplicité de l’approche qui la rend si intéressante. Athina Anastasaki ajoute que la seule surprise de l’équipe a été de constater qu’un unique produit chimique suffisait à faire tourner la réaction.

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Pourquoi ça intéresse l’industrie #

Le communiqué insiste sur un argument très concret : la méthode fonctionne avec les infrastructures et les procédés standards existants. C’est une différence importante avec les travaux précédents du même groupe. Athina Anastasaki reconnaît que leur défaut était d’obliger les entreprises à modifier leurs procédés. Ici, un recycleur n’a pas besoin de repenser toute sa ligne.

D’après l’ETH, l’industrie chimique a déjà manifesté son intérêt. L’école a déposé une demande de brevet et cherche des licenciés pour exploiter le procédé. La professeure le dit sans détour : la concurrence est rude dans le recyclage chimique des plastiques.

Un gisement encore très mal valorisé

L’enjeu est réel. Media24 rappelle que la production mondiale de PMMA approche 4 millions de tonnes par an, et que moins d’un dixième de ce volume est aujourd’hui recyclé. Pour un matériau durable, transparent et apprécié dans le bâtiment comme dans l’automobile, c’est un gaspillage de ressource considérable.

Les limites à garder en tête #

Il s’agit d’une avancée de laboratoire, pas encore d’une usine. Les prochaines étapes annoncées par l’ETH sont la montée en échelle du procédé, l’étude détaillée des mécanismes de réaction et la mise au point de substances qui accélèrent la décomposition et augmentent encore le rendement.

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La méthode ne vaut aussi, pour l’instant, que pour le verre acrylique. L’équipe veut tester le même principe sur le polystyrène, un autre plastique très répandu et difficile à recycler. Si cela fonctionne, l’intérêt dépasserait largement le seul marché du plexiglas.

Ce qu’il faut retenir pour la filière #

Pour les acteurs de l’économie circulaire, cette publication illustre une tendance de fond : le recyclage chimique cherche à devenir moins énergivore et plus compatible avec l’outil industriel existant. Baisser la température de 400 à 200 °C, c’est réduire la facture énergétique et l’empreinte carbone du procédé. Obtenir un monomère quasi pur, c’est rendre le recyclé compétitif face à la matière vierge.

Reste à voir à quelle vitesse un industriel s’emparera de la licence et passera du ballon de laboratoire à la tonne. Les déchets de plexiglas des chantiers, des vitrines ou des véhicules en fin de vie ne manquent pas : il ne leur manquait qu’une filière rentable.

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