Recyclage des plastiques : Lommel inaugure la dernière des six nouvelles usines belges

Le vendredi 30 octobre 2026, le recycleur Morssinkhof-Rymoplast a inauguré à Lommel, dans le Limbourg belge, sa nouvelle usine de recyclage des emballages plastiques. On ne voit pas ces flux quand on jette sa barquette de beurre ou son flacon de shampoing dans le sac de tri. Ils deviennent pourtant ici une matière première prête à repartir dans l’industrie. L’événement dépasse le cadre local : il clôt un programme de six usines en six ans et met en lumière le vrai point faible du recyclage des plastiques, qui est la demande en matière recyclée.

Une usine taillée pour les plastiques rigides du quotidien #

Selon L-Post, qui a couvert l’inauguration, le site s’étend sur 4,1 hectares dans le parc d’activités Kristalpark III. Il a été conçu pour recycler jusqu’à 40 000 tonnes d’emballages plastiques par an, dont 24 000 tonnes proviennent des sacs PMC belges (l’équivalent de notre bac jaune pour les plastiques, métaux et briques). L’investissement atteint 30 millions d’euros, et l’usine doit employer à terme 65 personnes.

Les gisements visés sont très concrets : barquettes de beurre et de plats préparés, bouteilles et flacons de shampoing ou de lessive. Ce sont surtout des emballages en polyéthylène haute densité (PEHD) et en polypropylène (PP), deux résines très présentes dans l’hygiène et l’alimentaire. Leur recyclage dépend beaucoup de la qualité du tri en amont.

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Ce qui se passe entre la balle de déchets et le granulé

Le plant manager Simon Morssinkhof a décrit le procédé à la télévision publique flamande VRT. Les emballages arrivent déjà pré-triés, en grosses balles. Une ligne automatisée les sépare ensuite par type de plastique et par couleur. Les plastiques sont enfin lavés, séchés et stockés en big bags, pour servir de recyclat dans de nouveaux emballages.

Deux détails parlent aux industriels. Le tri par couleur conditionne la valeur du recyclat : une matière claire et homogène se revend bien mieux qu’un mélange sombre, réservé à des usages moins exigeants. L’eau de lavage, poste lourd de tout recyclage mécanique, vient de la pluie collectée sur le terrain du site, selon le reportage de la VRT.

Le dernier maillon d’un plan à six usines #

L’usine de Lommel n’est pas un projet isolé. Pour Fost Plus, l’organisme qui organise en Belgique la filière de recyclage des emballages ménagers, elle achève un plan qui visait six nouvelles usines de recyclage en six ans. L-Post les énumère : FILAO à Charleroi, Fromto à Beringen, Ecoo à Houthalen-Helchteren, Plastics2Chemicals à Anvers, MOPET à Neufchâteau (ouverte en juillet) et désormais Morssinkhof Plastics à Lommel.

Le résultat se lit dans un chiffre cité par la VRT : 51 % du plastique recyclé est aujourd’hui traité en Belgique, contre 12 % seulement en 2021. Dans le même reportage, Steven Boussemaere, responsable de l’innovation chez Fost Plus, fixe l’objectif de recycler 70 à 80 % des déchets plastiques d’ici 2030.

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Recycler près de chez soi, un enjeu industriel

Garder la transformation sur le territoire n’a rien d’un détail. Exporter des balles de déchets plastiques revient à exporter de la valeur ajoutée et des emplois, et à perdre la main sur la qualité du recyclat. En construisant ses propres capacités, la Belgique sécurise une matière première secondaire dont ses industriels de l’emballage auront besoin. Le chantier de Lommel avait d’ailleurs été lancé en juin 2025, en présence du ministre flamand Jo Brouns, comme le rappelle le communiqué de Fost Plus publié au lancement des travaux.

Le vrai défi : que quelqu’un achète le plastique recyclé #

À l’inauguration, le message des acteurs n’était pas triomphal. Selon L-Post, le prochain défi pour Fost Plus est désormais de faire progresser assez vite la demande de matière recyclée. Morssinkhof-Rymoplast et Fost Plus ont profité de l’événement pour rappeler qu’il faut stimuler cette demande.

C’est le paradoxe que connaissent tous les recycleurs européens. On peut multiplier les lignes de tri et de lavage, mais le recyclat reste en concurrence avec le plastique vierge. Or celui-ci coûte souvent moins cher et sa qualité est parfaitement constante. Sans débouchés garantis, une usine de recyclage tourne en dessous de ses capacités, et sa rentabilité s’en ressent.

La réglementation européenne comme moteur

Fost Plus compte sur l’horizon 2030. « Chaque entreprise qui met des emballages plastiques sur le marché devra recycler d’ici là », résume Steven Boussemaere dans le reportage de la VRT. Les objectifs européens de contenu recyclé dans les emballages doivent créer cette demande que le prix seul ne suffit pas à déclencher. Pour une usine comme celle de Lommel, ces obligations transforment un pari industriel en marché captif.

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Ce que la France peut en retenir #

Le cas belge est instructif pour les industriels français de la plasturgie et de l’emballage. D’abord, la qualité du tri à la source conditionne tout : une filière qui reçoit des flux bien triés peut viser des recyclats de haute qualité, aptes à repartir dans l’emballage. Ensuite, la capacité industrielle se planifie : six usines en six ans relèvent d’une stratégie de filière, pas d’initiatives isolées.

Enfin, la leçon principale vaut pour toutes les entreprises qui achètent de l’emballage : la circularité ne s’arrête pas au geste de tri. Elle suppose que les marques intègrent de la matière recyclée dans leurs produits, qu’elles acceptent parfois un surcoût ou une teinte moins parfaite, et qu’elles s’engagent sur des volumes. L’usine de Lommel est désormais prête à fournir. La suite dépend de ceux qui, en face, voudront bien acheter.

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