Méthavert au Havre : l’usine d’hydrogène et d’e-méthanol de Qair soumise à la concertation

Sur la zone industrialo-portuaire du Havre, un projet d’usine veut remplacer une partie des carburants fossiles utilisés par les raffineries et les navires. Baptisé Méthavert et porté par l’énergéticien français Qair, il prévoit de produire de l’hydrogène décarboné, puis de l’e-méthanol, un carburant de synthèse. Le public a jusqu’au dimanche 29 novembre pour donner son avis dans le cadre d’une concertation préalable garantie par la Commission nationale du débat public (CNDP).

Un projet à 1,2 milliard d’euros en deux temps #

Selon Tendance Ouest, qui a présenté le projet le 3 novembre, l’usine doit s’implanter près de l’autoroute A29, sur une parcelle à cheval entre Rogerville et Gonfreville-l’Orcher, sur l’axe Seine. Le projet avait été annoncé fin 2024 par trois ministres lors d’une visite au Havre consacrée à la décarbonation du port.

Le site officiel de la concertation fixe les grandes lignes : un investissement estimé à 1,2 milliard d’euros pour les deux phases, une mise en service de la phase 1 en 2031-2032 puis de la phase 2 en 2035, et environ 150 emplois directs en phase de travaux et d’exploitation. À terme, l’usine produirait jusqu’à 44 000 tonnes d’hydrogène et 200 000 tonnes d’e-méthanol par an, à partir d’électricité bas carbone et de CO2 biogénique.

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Première étape : de l’hydrogène pour les raffineries #

La première phase repose sur l’électrolyse de l’eau. Elle doit créer une cinquantaine d’emplois, précise Tendance Ouest. L’hydrogène produit vise d’abord l’industrie locale, à commencer par les raffineries, qui consomment aujourd’hui de l’hydrogène d’origine fossile fabriqué à partir de méthane importé.

« Ce produit pourra alimenter l’industrie et notamment les raffineries », explique Fabio Rotondo, chef de projet industriel chez Qair, qui évoque un méthane importé « du Moyen-Orient, de Russie… dans le contexte géopolitique que l’on connaît actuellement ». L’hydrogène serait produit sans rejet de CO2.

C’est l’intérêt de ce type de projet pour un territoire comme l’estuaire de la Seine. L’hydrogène y est déjà consommé en grande quantité. Le remplacer par une production locale décarbonée réduit les émissions sans changer les procédés en aval.

Deuxième étape : un carburant marin de synthèse #

La seconde phase, prévue pour 2035, consiste à combiner cet hydrogène avec du CO2 capté auprès des industries de l’axe Seine afin de fabriquer de l’e-méthanol. « L’objectif est d’utiliser ce e-méthanol comme carburant marin, en remplacement du fioul lourd, dérivé du pétrole », indique le chef de projet.

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Le transport maritime cherche des carburants alternatifs, et le méthanol de synthèse en fait partie. Sa production suppose cependant une électricité abondante et bas carbone, ainsi qu’une source de CO2 que l’on peut recycler. Le projet prévoit de s’appuyer sur la concentration d’industries de la zone portuaire pour s’approvisionner en CO2.

Un site classé Seveso seuil bas

Une fois la deuxième phase lancée, l’usine serait classée Seveso seuil bas, selon Tendance Ouest. Ce classement impose des obligations de prévention des risques industriels. Ce point devrait figurer parmi les questions posées par les riverains pendant la concertation. La pose de la première pierre est espérée pour 2029.

Comment participer à la concertation #

La concertation préalable se déroule du 1er octobre au 29 novembre 2026. Deux garants de la CNDP sont chargés de veiller au respect des droits du public. Sur le site du projet, chacun peut déposer un avis, poser une question et consulter les réponses du maître d’ouvrage.

Plusieurs rendez-vous sont encore programmés. Une réunion thématique consacrée à l’emploi et à la formation est prévue le 17 novembre au pôle formation de l’UIMM au Havre, sur inscription. Des ateliers de sensibilisation destinés aux lycéens et aux étudiants sont organisés à Bolbec le 18 novembre et à l’INSA de Rouen le 23 novembre. Une réunion de synthèse est annoncée le vendredi 27 novembre à 19 h au Carré des Docks du Havre.

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Ce que ce projet dit de la décarbonation industrielle #

Méthavert illustre une tendance de fond. La décarbonation de l’industrie lourde ne passe pas seulement par l’efficacité énergétique. Elle passe aussi par de nouvelles molécules produites localement, qui remplacent le gaz et le pétrole importés. Ces projets restent longs : près de dix ans séparent l’annonce de 2024 de la pleine production visée pour 2035. Ils dépendent aussi de l’accès à une électricité bas carbone en grande quantité.

La concertation en cours est le moment où les habitants, les salariés et les associations de l’estuaire peuvent peser sur la suite du projet : son emplacement, les risques, les emplois et l’origine de l’électricité utilisée.

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