Combien de déchets produit l’Europe, et que deviennent-ils ? Eurostat a publié le 29 octobre son bilan pour l’année 2024. Le résultat tient en deux chiffres : 1 697 kg de déchets par habitant, hors grands déchets minéraux, et 42 % des déchets traités qui partent au recyclage. Pour les industriels, ce bilan montre surtout l’écart entre les modèles nationaux, et tout ce qui finit encore enfoui.
Plan de l'article
765 millions de tonnes hors déchets minéraux #
En 2024, l’Union européenne a généré 765 millions de tonnes de déchets, sans compter les grands déchets minéraux issus des mines, des carrières, de la construction et de la démolition. Ce périmètre ne représente que 35 % du total. En comptant les déchets minéraux, l’Union atteint 2 196 millions de tonnes. Cette précision est importante pour lire les chiffres : les terres, gravats et stériles d’extraction pèsent près des deux tiers de la masse.
Sur vingt ans, la tendance est à une très légère baisse. Toujours hors déchets minéraux, le volume total est passé de 779,5 millions de tonnes en 2004 à 765 millions en 2024, soit un recul de 1,9 %. C’est peu, compte tenu de la croissance de l’activité économique sur la période, mais cela montre que la production de déchets n’augmente plus au rythme de l’économie.
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Des écarts de un à quatre entre pays #
Le chiffre moyen de 1 697 kg par habitant masque des situations très différentes. L’Estonie arrive largement en tête, avec 4 703 kg par habitant. Eurostat explique ce record par la production d’énergie à partir de schiste bitumineux, une activité qui génère d’importants résidus. Suivent la Belgique (3 157 kg) et la Bulgarie (2 881 kg).
À l’autre extrémité, Malte (1 092 kg), l’Irlande (1 199 kg) et la Slovénie (1 254 kg) produisent le moins de déchets par habitant. Ces écarts reflètent avant tout la structure économique de chaque pays : un tissu industriel lourd, une production d’énergie fossile ou une forte activité chimique se lisent directement dans les volumes de déchets.
Recyclage, remblayage, décharge : trois modèles #
Le deuxième volet du bilan porte sur le traitement. En 2024, 61,8 % des déchets traités dans l’Union ont fait l’objet d’une opération de valorisation. Le recyclage représente 42,0 % du total, le remblayage 13,3 % et l’incinération avec récupération d’énergie 6,5 %. Il reste 37,8 % des déchets mis en décharge, et 0,4 % incinérés sans récupération d’énergie.
Les champions du recyclage
Dans douze pays, le recyclage dépasse la moitié des traitements. L’Italie domine nettement avec 87,3 %, devant la Hongrie (77,1 %) et la Slovaquie (69,8 %).
Le remblayage, une spécificité
D’autres pays privilégient le remblayage, qui consiste à utiliser des déchets pour combler des zones excavées ou pour des travaux d’aménagement, à la place d’autres matériaux. La Slovénie y recourt pour 67,8 % de ses déchets, l’Irlande pour 45,2 %.
La décharge, encore dominante ailleurs
Dans un troisième groupe, la mise en décharge reste la règle : 91,4 % des déchets traités en Bulgarie, 84,4 % en Finlande et 75,1 % en Suède. Ce dernier chiffre peut surprendre pour un pays réputé en pointe sur l’environnement, mais il porte sur l’ensemble des déchets traités, pas seulement sur les ordures ménagères. L’incinération avec récupération d’énergie reste marginale à l’échelle de l’Union, sauf au Danemark (27,0 %) et en Lituanie (19,4 %).
Comment lire ces statistiques #
Eurostat précise que ses données sont collectées selon le règlement européen relatif aux statistiques sur les déchets, adopté en 2002. Les chiffres de traitement n’incluent pas les déchets exportés hors de l’Union, mais intègrent ceux qui y sont importés pour être traités. Les volumes produits et les volumes traités ne sont donc pas directement comparables. Pour aller plus loin, l’office tient à jour un dossier complet sur les statistiques des déchets, avec les séries par pays et par type de déchet.
Ce que cela change pour un site industriel #
Pour une entreprise, ce bilan rappelle une évidence souvent oubliée : la façon dont ses déchets sont traités dépend autant du pays et des filières disponibles que de ses propres efforts de tri. Un même flux peut être recyclé à un endroit et enfoui ailleurs, faute d’exutoire.
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D’où l’intérêt de travailler en amont, sur la réduction à la source, la séparation des flux dès l’atelier et la recherche de débouchés locaux, par exemple dans une démarche d’écologie industrielle territoriale entre voisins. Avec 37,8 % des déchets européens encore mis en décharge, le gisement de matière à récupérer reste considérable.



