Que deviennent les kilomètres de câbles électriques arrachés chaque année des bâtiments français en rénovation ou en déconstruction ? Le 15 octobre, le câblier Nexans a annoncé un partenariat avec Vesto, spécialiste du reconditionnement de matériel professionnel, pour structurer à la fois le recyclage et, c’est plus nouveau, le réemploi des câbles sur les chantiers. Une brique de plus dans la lente construction d’une économie circulaire du bâtiment.
Plan de l'article
CableLoop change d’échelle #
Nexans ne part pas de zéro : le groupe exploitait déjà CableLoop, son service de collecte et de recyclage de câbles. Le communiqué publié par l’industriel décrit une offre élargie, articulée en trois volets à destination des professionnels du bâtiment en France.
Le premier volet reste le recyclage classique, avec deux circuits selon que le chantier génère plus ou moins de trois tonnes de câbles. Le deuxième est le plus innovant : la requalification de certaines références de câbles en vue de leur réemploi, encadrée par un guide technique rédigé par Nexans avec le soutien du CSTB, le Centre scientifique et technique du bâtiment. Le troisième volet organise la collecte des petits volumes, toutes marques confondues, regroupés puis orientés vers une filière de valorisation en France.
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Vesto, le chaînon du réemploi #
C’est là qu’intervient Vesto. Cette entreprise française s’est fait un nom dans le reconditionnement technique de matériel professionnel, d’abord dans les cuisines, puis dans le bâtiment via sa marque Cycle Up by Vesto : collecte sur les chantiers de réhabilitation et de déconstruction, remise en état, puis remise sur le marché d’équipements de seconde main. Son dirigeant explique vouloir capter sur un même site un maximum de flux de matériaux, en jouant des synergies entre ses différentes filières.
Appliquée aux câbles, la logique est la suivante : plutôt que de broyer systématiquement pour récupérer le cuivre, on identifie les longueurs encore aptes au service, on les contrôle selon le référentiel technique, et on les repropose aux professionnels. Le broyage et le recyclage matière restent la voie pour tout ce qui ne peut pas être requalifié.
Un dispositif soutenu par l’ADEME et Valobat #
Le projet bénéficie d’un soutien de 50 000 euros de l’ADEME, l’agence de la transition écologique, ainsi que de l’appui de Valobat, l’éco-organisme agréé pour les déchets du bâtiment. Des soutiens modestes en montant, mais significatifs : ils inscrivent l’initiative dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur appliquée aux produits et matériaux de construction, qui pousse depuis 2023 les fabricants à organiser la fin de vie de ce qu’ils mettent sur le marché.
Nexans indique par ailleurs avoir rejoint la Coalition Industrie Circulaire et participer à des travaux méthodologiques sur l’évaluation environnementale des produits reconditionnés — un chantier normatif encore balbutiant, mais décisif pour que le réemploi trouve sa place dans les bilans carbone des maîtres d’ouvrage. L’annonce a été relayée par la presse spécialisée, dont Le Moniteur.
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Pourquoi le cuivre change la donne #
Derrière l’affichage environnemental, il y a une réalité industrielle : le câble électrique est essentiellement du cuivre, un métal dont l’électrification des usages — véhicules, pompes à chaleur, data centers, réseaux — tend la demande mondiale. Pour un câblier, sécuriser un gisement de cuivre recyclé issu des chantiers français, c’est réduire sa dépendance aux cours mondiaux et aux importations, tout en abaissant l’empreinte carbone de sa production. Nexans cite d’ailleurs ces deux objectifs, aux côtés de l’accompagnement des trajectoires environnementales de ses clients.
Le réemploi va un cran plus loin que le recyclage : un câble requalifié évite non seulement l’extraction de cuivre neuf, mais aussi l’énergie de la refonte et du retréfilage. À l’échelle d’un chantier, le gain par mètre linéaire est modeste ; à l’échelle d’un parc immobilier en rénovation permanente, il devient significatif.
Les chantiers de la généralisation #
Reste à transformer l’essai. Le réemploi de câbles électriques soulève des questions légitimes de sécurité et d’assurabilité : c’est précisément le rôle du guide technique élaboré avec le CSTB que de définir quelles références, dans quel état et pour quels usages un câble déposé peut être réinstallé. Il faudra aussi convaincre les électriciens et les bureaux de contrôle, habitués à poser du neuf, et organiser la logistique de collecte pour que le tri à la source devienne un réflexe de chantier.
Le communiqué ne fixe ni objectif de tonnage ni échéance chiffrée. Mais la direction est claire : après les gravats, le bois ou les équipements sanitaires, c’est au tour du second œuvre électrique d’entrer dans la boucle. Les professionnels du bâtiment ont désormais un circuit organisé pour que leurs câbles déposés ne finissent plus en benne indifférenciée.


