Au Mans, dans une zone d’activité, la start-up Radiant a inauguré cette semaine le prototype de sa centrale solaire à concentration. Son objectif n’est pas de produire de l’électricité, mais de la chaleur pour l’industrie, celle qui fait tourner les fours et les séchoirs et qui dépend encore très largement du gaz et du fioul.
Le média spécialisé GreenUnivers rapporte que l’installation a été montée en quatre mois. L’inauguration s’est faite en présence notamment du maire du Mans, Stéphane Le Foll, et du start-up studio Hexa, qui avait misé 500 000 euros sur la jeune pousse l’an dernier.
Plan de l'article
La chaleur, angle mort de la décarbonation industrielle #
Quand on parle de décarboner l’industrie, on pense souvent à l’électricité. Or la chaleur pèse bien plus lourd. Selon Tech.eu, la chaleur industrielle représente plus de 70 % de la consommation d’énergie totale de l’industrie, et elle reste largement alimentée par des combustibles fossiles.
À lire Fonds pour l’innovation : seize projets français parmi les 77 lauréats européens
La raison est surtout économique. Les solutions de chaleur bas carbone peinent à rivaliser en coût avec un brûleur à gaz, ce qui oblige les industriels à arbitrer entre leur facture et leurs objectifs climatiques. C’est précisément sur ce terrain que Radiant veut se placer : une chaleur solaire, sans émissions à l’usage, et à un coût stable.
Comment fonctionne la technologie Belenos #
Le principe de la concentration solaire est ancien. Des miroirs orientables, les héliostats, suivent la course du soleil et renvoient le rayonnement vers un point unique, le récepteur. Là, l’énergie concentrée chauffe un fluide. Chez Radiant, ce fluide est de l’air.
De l’air chauffé au-delà de 1 000 °C
Le système, baptisé Belenos, associe des héliostats de nouvelle génération, un récepteur propriétaire et un stockage thermique. D’après Tech.eu, il peut fournir une chaleur comprise entre 200 °C et 1 000 °C, pour des puissances thermiques de 2 à 50 mégawatts. Le directeur technique, Alexandre Meurisse, y explique que le récepteur permet de produire de l’air chaud à plus de 1 000 °C, au-delà des standards actuels du secteur.
Le stockage thermique est un point clé. Une usine ne s’arrête pas quand un nuage passe ou à la tombée de la nuit. En accumulant la chaleur, le système vise à lisser la fourniture et à rendre la source solaire compatible avec un procédé industriel continu.
À lire L’économie de la fonctionnalité : vendre l’usage plutôt que le produit
Quinze ans de recherche allemande derrière
La technologie n’est pas sortie de nulle part. Dans un entretien publié par l’École polytechnique, Alexandre Meurisse raconte avoir fait sa thèse au Centre aérospatial allemand (DLR) à Cologne, où des chercheurs travaillaient sur ce concept depuis une quinzaine d’années. Avec Thomas Delhon, ingénieur en aérospatiale devenu président de l’entreprise, il a fondé Radiant pour porter cette innovation à l’échelle industrielle. La société s’appelait auparavant Neamine et a été accompagnée par le programme d’incubation X-UP de Polytechnique.
Verre, ciment, enrobés : les industries visées #
Concrètement, la solution est pensée pour remplacer des équipements fossiles comme les brûleurs à gaz et les chaudières au fioul. Tech.eu cite des entreprises des secteurs de l’enrobé routier, du verre et du ciment, qui ont manifesté leur intérêt pour l’appliquer à des fours et à des séchoirs.
Ces filières ont un point commun : elles consomment beaucoup de chaleur à haute température. Pouvoir injecter de l’air très chaud d’origine solaire dans un procédé existant serait une piste intéressante pour elles, à condition que le coût suive.
Du prototype à l’échelle industrielle #
Le démonstrateur du Mans a justement été financé pour répondre à cette question. En janvier 2026, Radiant avait bouclé une levée de 2 millions d’euros, avec une participation minoritaire de Tiresias Angels et de Selim Cherif, selon Tech.eu. L’entreprise y présentait ce site comme son premier démonstrateur industriel, destiné à valider le passage à l’échelle et sa capacité à déployer la solution rapidement chez des industriels.
La suite dépendra des résultats mesurés sur place : rendement réel, disponibilité de la chaleur selon la météo sarthoise, coût par mégawattheure face au gaz. Ce sont ces données, plus que l’inauguration elle-même, que les industriels intéressés attendront avant de signer.
Pourquoi c’est à suivre
La concentration solaire est surtout connue pour la production d’électricité dans des régions très ensoleillées. Radiant fait un pari différent : des installations plus modestes, situées près des usines, dédiées à la chaleur. Si le prototype tient ses promesses sous le ciel de la Sarthe, il ouvrira une option de plus aux sites industriels français qui cherchent à sortir du gaz.


